La communication pour les élus

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INTERVIEW de Pierre-Louis TANZER

Conseiller communication numérique auprès du Premier ministre Gabriel Attal

FANNY DESTENAY

Quel est votre parcours et votre rôle dans le cabinet du Premier ministre Gabriel Attal ?

PIERRE-LOUIS TANZER

J’exerce la fonction de conseiller en communication numérique. Je l’ai rejoint lorsqu’il était ministre de l’Éducation nationale (octobre 2023). Et il m’a fait l’honneur de sa confiance pour le suivre à Matignon (janvier 2024). J’ai pu travailler précédemment pour un député, un autre ministre, au Parlement européen et au sein du Parti Renaissance.

Le Premier ministre est aujourd’hui présent sur dix plateformes : X, Facebook, Instagram, TikTok, Threads, LinkedIn, YouTube, BeReal, Telegram et WhatsApp.

FANNY DESTENAY

La communication de Gabriel Attal est marquée par sa présence sur le réseau social BeReal. Qu’est-ce que BeReal apporte de plus que les autres réseaux sociaux ?

PIERRE-LOUIS TANZER

Pas que ! Mais en effet, vous avez raison, le Premier ministre Gabriel Attal a été la première personnalité politique au monde à être sur BeReal au moment où la fonctionnalité « Official Account » a été mise en place (une fonctionnalité qui permet de dépasser le plafond des 1000 amis maximum). En France, nous trouvions alors uniquement le média en ligne Brut et le PSG. Son usage de BeReal est cohérent vis-à-vis du positionnement qui est le sien sur tous les réseaux sociaux : proximité, authenticité et transparence. Personne d’autre que lui ne gère les contenus qu’il y publie. C’est un lien direct que nous tenons à entretenir, sur BeReal, mais aussi sur les autres réseaux sociaux. BeReal est pour nous un outil précieux, car il nous permet de rapprocher les jeunes de la politique et de l’action du Gouvernement. On sait que les 18-24 ans peuvent se sentir particulièrement éloignés, voire exprimer une forme de défiance vis-à-vis de l’action publique. Et ce, bien plus que d’autres catégories de la population.

C’est un enjeu démocratique et citoyen que d’investir tous les outils, y compris les outils numériques avec BeReal par exemple, pour rapprocher les jeunes de la politique. BeReal vient en ce sens constituer une première fenêtre, une première prise de contact.

FANNY DESTENAY

Sur l’application TikTok, vous faites des sessions de questions-réponses. Pourquoi avez-vous mis en place cette séquence et qu'est-ce que ça vous apporte ?

PIERRE-LOUIS TANZER

Le format « Je réponds à vos questions » est, en 2024, un format assez vu et revu en communication politique. Aux États-Unis, Alexandria Ocasio-Cortez le fait, et en France, il y a le Président, qui en a fait plusieurs, dont le dernier portait sur l’Europe, et la porte-parole du gouvernement Prisca Thévenot qui le propose également tous les dimanches. Mais ce format peut manquer de transparence. Il est presque impossible de vérifier ou de suivre quelles questions ont été posées. Les politiques sont finalement libres de choisir les questions auxquelles ils souhaitent répondre. Parfois, on le voit, pour certains d’entre eux, les questions ne sont alors qu’un prétexte pour exprimer les messages qu’ils souhaitaient diffuser.

Là encore, notre pratique, si elle est différente, reste cohérente avec ce que le Premier ministre est dans la vraie vie : Gabriel Attal n’a jamais craint les questions qui fâchent sur le terrain, il ne les craint pas non plus sur les réseaux sociaux. Il assume donc de prendre des risques et de s’exposer en venant répondre aux questions qui sont les plus « likées » par les autres utilisateurs et non celles choisies par ses équipes. Les commentaires étant par définition publiques et accessibles à tous, il est impossible de se cacher ou d’esquiver.

Ce format est ainsi évidemment plus engageant pour sa communauté. Chacun vient commenter ou liker la question qui lui tient à cœur et les statistiques peuvent très vite devenir exponentielles. Nous avons ainsi pu faire près de 50 millions de vues en une semaine (en comptabilisant la vidéo où il appelle sa communauté à lui poser des questions et les vidéos où il vient y répondre).

FANNY DESTENAY

Je me souviens de ces questions-réponses, mais j’avais vu que certaines questions parmi les plus likées, du moins au début, étaient d’ordre personnel, voire homophobes. Qu’auriez-vous fait si finalement ce sont ces questions qui avaient obtenu le plus de likes ?

PIERRE-LOUIS TANZER

Les plateformes peuvent avoir un certain nombre d’outils, à perfectionner largement, pour lutter contre la haine en ligne ou l’homophobie, certains commentaires peuvent ainsi automatiquement être masqués. Si les commentaires les plus likés avaient été insultants et délictueux, nous les aurions peut-être supprimés. Sinon, je pense que le Premier ministre y aurait répondu avec honnêteté et aurait alors simplement dénoncé les propos tenus. Comme si, finalement, quelqu’un dans la rue lui avait dit quelque chose d’irrespectueux ou d’insultant. Il y aurait répondu avec respect et calme.

FANNY DESTENAY

Est-ce qu'il y a d'autres techniques que vous utilisez en dehors des réseaux sociaux pour parler aux jeunes ?

PIERRE-LOUIS TANZER

Au-delà des réseaux sociaux, au-delà des passages dans les JT, des meetings, des actions sur le terrain, la meilleure façon de « parler aux jeunes » est d’avoir des propositions pour eux ! Et je crois que nous avons, pour eux, un bilan et des propositions. Notre action pour l’École ou pour l’environnement, pour l’emploi des jeunes, le taux de chômage des jeunes est d’ailleurs, à l’heure où vous me questionnez, au plus bas depuis 40 ans, le Pass Culture, le Pass Rail…

La meilleure façon de parler aux jeunes est d’abord d’agir pour eux.

FANNY DESTENAY

Est-ce que vous souhaitez ajouter quelque chose sur la communication numérique des élus ?

PIERRE-LOUIS TANZER

Si j’ai un conseil peut-être à donner : je parlerais de « plus-value informationnelle ». La plupart des élus, sur leurs réseaux sociaux, parlent d’eux-mêmes, parfois même à eux-mêmes. Ce qu’ils publient est malheureusement souvent assez peu intéressant. Une bonne communication politique numérique est celle où les utilisateurs, les Français, ressortent du post ou finissent la vidéo mieux informés qu’au moment d’ouvrir leurs réseaux sociaux.

Avec le Premier ministre Gabriel Attal, nous assumons de parler avec un langage simple et de transposer des codes et pratiques qui existent dans d’autres milieux, chez les médias en ligne comme Hugo Décrypte ou Brut par exemple, et de les adapter pour qu’ils soient cohérents avec les codes qui existent en communication politique.

Sur Tik Tok, par exemple, au sein de la majorité, l’usage qu’avait fait le ministre des Transports en assumant pleinement de jouer sur les codes et tendances de cette plateforme, avait pu refroidir un certain nombre d’élus qui ont, du coup, fait une croix sur cette plateforme qui est utilisée par près de 20 millions de Français, laissant les extrêmes occuper l’espace. Je crois que nous avons pu démontrer qu’il est possible d’avoir un positionnement institutionnel et « faire des vues » sans prendre le risque un seul instant de dégrader son image d’élu. Nos vidéos ne sont que « face caméra », le format le plus utilisé qui puisse exister en communication numérique, mais qui fonctionne malgré tout, car nous avons une information à transmettre, qui change concrètement la vie de ceux qui sont susceptibles de voir passer la vidéo.

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